
BIOGRAPHIE par Aase Vig Berget, le 17 mars 2006
Lars Vig est né le 20 juin 1845 à Åkra, dans la région de Sunnhordland et du fjord de Hardanger, sur la côte ouest de la Norvège. Åkra est une plaine toute verte qui descend vers le fjord et qui est entourée de hautes montagnes. À l’époque, on n’y venait qu’en bateau. Les habitants y vivaient surtout de l’élevage de chèvres et de la pêche. Une petite église aux murs blancs épais y formait le centre d’un habitat dispersé. Lars Törresen, le père de Lars, s’est distingué par son amour des livres, porté à un tel degré qu’il a dû abandonner ses propriétés de Brekke et de Vika. Finalement, c’est en tant que colporteur qu’il s’est installé à Stavanger, où Lars a passé son adolescence. Après deux ans à l’école normale d’instituteur de Fjellberg, il a eu la vocation de missionnaire.
Après avoir passé par l’École de la Mission de Stavanger où il a
reçu l’ordination, il est arrivé à Madagascar en 1874. Avec deux
camarades de Sunnhordland, Arne Valen et Knud Lindö, il faisait partie
du troisième groupe de missionnaires qui était envoyé à Madagascar.
Lors du voyage sur le voilier l’Éliéser, il eut des attaques
cardiaques, dues au fait qu’il suppportait mal la chaleur. La Société
des Missions Norvégiennes de Stavanger l’a donc affecté à la Mission
des Hauts-Plateaux où le climat est plus frais.
En 1875, Lars Vig
eut la charge du poste de Masinandraina, où il demeura jusqu’en 1902, à
l’exception d’un séjour en Norvège de 1889 à 1893. À son travail de
pasteur, il ajouta celui de pédagogue en fondant une école normale
d’instituteur en 1878.
Selon la coutume missionnaire de faire venir les fiancées deux ans
après les jeunes hommes, Laura Walle est arrivée en 1876 pour se marier
avec Lars Vig. Issue d’une famille bourgeoise de Bergen, elle était née
le 17 mars 1845 – donc du même âge que son mari. Comme lui, elle avait
dédié sa vie à aider les Malgaches, ce qu’elle a réalisé sur le
domaine de la Station de Masinandraina. Elle s’est surtout occupée des
femmes dans la congrégation, ainsi que des épouses des élèves de
l’École Normale. Comme les autres femmes missionnaires, elle était
chargée d’apprendre aux femmes à écrire et lire, ainsi qu’à tricoter,
coudre et faire la broderie et de la dentelle au fuseau. (Au marché
d’Antananarivo, on peut actuellement acheter des nappes à la broderie
dite « hardanger »). Sur certaines photos de Laura, on la voit le
tricot à la main. Son mari étant souvent en tournée dans les
congrégations du district, Laura représentait le point stable à la
Station. Pour que Vig puisse redoubler ses efforts, il lui fallait
quelqu’un pour surveiller les affaires de la Station, s’occuper des
problèmes quotidiens, tels que les vols, les maladies, les visites,
etc. Dans un coin du beau jardin de Masinandraina, il se trouve
quelques tombes, dont celle de leur fils, Lille-Lars. Laura et Lars ont
eu encore un fils et trois filles. Quand ils atteinrent l’âge
scolaire, il leur fallut aller en Norvège : ils vécurent à Solbakken,
dans un pensionnat pour enfants de missionnaires. Dans ses lettres
privées, Lars Vig exprime ses soucis pour ses enfants. La fille aînée,
Anna, en souffrait tant de l ‘éloignement qu’elle retourna à
Masinandraina pour aider ses parents à la Station. Trois ans plus tard,
en 1897, elle épousa le missionnaire Carl Fredrik Bjertnes. Comme ses
parents, Anna a la tombe d’un de ses enfants dans le jardin de
Masinandraina. Sa fille de trois ans, Gunnvor (1906-1908), fut
empoisonnée par le cuisinier, qui avait accusé C.F. Bjertnes d’avoir
tué son grand-père à lui, [qu’il avait vu] incarné dans un serpent
suspendu à une branche dans le jardin.
Un tel épisode illustre
bien la nécessité de vraiment entrer dans les idées des autochtones et
de vivre parmi eux pour les comprendre au lieu de les condamner. À ce
propos, Lars Vig, dans une étude sur l’idée de substitution chez les
Malgaches, a en effet montré qu’on peut punir en tuant [d’un meurtre
supposé] quelqu’un (un parent, ou un animal) de moindre valeur. Comme
missionnaire ethnographe, il s’appliqua à mieux connaître les gens
qu’il voulait gagner pour le christianisme. Pour son travail de
recherche, il établit tout un réseau de contacts personnels. Il a
transmis les nombreuses informations qu’il avait obtenues en faisant
des conférences devant les collègues missionnaires à Madagascar, ainsi
devant les amis de la Mission en Norvège. De plus, il en a fait publier
des écrits en Scandinavie.
Quant à son caractère, on pourrait bien le résumer par deux caractéristiques opposées grâce auxquelles ses collègues missionnaires lui donnaient les deux noms de « Père Vig » et du « Vieux frère d’armes ». L’un – aimable, diplomatique, décrivait l’ami fidèle et compréhensif, soucieux et sensible, bavard, plein d’humour, voire farceur. L’autre – l’attitude d’un homme sévère, déterminé, professionnel, à l’égard des questions de conflit à la conférence missionnaire, à l’égard de la corruption dans la société malgache de l’époque, à l’égard de l’exigence des valeurs chrétiennes dans les congrégations, à l’égard de la méthode scientifique dans son travail de recherche.
Vers la fin de sa vie, en se préparant à retourner aller en Norvège, surmené de travail et accablé par la maladie, Lars Vig regrettait de quitter Madagascar. Il aurait tant voulu y rester jusqu’à sa mort. Comme d’autres missionnaires, il s’était enraciné dans la terre de la Grande Île. Par son effort pour explorer l’âme malgache, on pourrait se demander s’il n’avait pas fini par prendre le risque de faire entrer l’âme malgache dans la sienne, européenne ?
Oslo le 17 mars 2006.
Aase Vig Berget.










